soleil_meurtrevilleL’auteur québécois André Marois embrase un petit village de Lanaudière dans Bienvenue à Meurtreville, alors que Jo Nesbø, avec Soleil de nuit, la suite de son redoutable polar précédent, Du sang sur la glace, sombre dans l’ennui.

Conseil délire

Vieux routier aguerri à tous les genres de littérature et à tous les publics, André Marois livre avec Bienvenue à Meurtreville un court polar qui baigne dans l’ironie la plus noire.

En ces temps troubles où plus personne ne croit en rien, où tout le monde doute de tout (mais possède une opinion sur tous les sujets), un notable de village, conseiller municipal, se désespère du manque de touristes dans sa région et de l’impact sur les commerçants. Il commence alors une série de meurtres qui vont effrayer la population, subjuguer la police, mais surtout attirer l’attention des curieux. Le village devient ainsi le lieu de prédilection pour les «wéreux» du Québec, en quête d’émotions fortes et avides de sordide. Mandeville, Lanaudière, est rebaptisé «Meurtreville»! Le résultat de cette «mise en marché» est efficace. Les commerces reprennent vie. Mais il faut entretenir la machine, et la série macabre doit donc se poursuivre.

Le conseiller Chevalet – ce pourrait être n’importe qui – est un élu plein de mansuétude. Il n’agit ni par vengeance, ni par jalousie, mais travaille pour le bien commun de ses électeurs. Aux grands maux les grands remèdes, il faut ramener l’opulence au village! Au final, évidemment, le dérapage de cette campagne marketing basée sur l’assassinat ne peut que s’accentuer.

Avec ce petit bijou littéraire, André Marois (bien que nous partagions le même patronyme, assurément nous n’avons pas été élevés dans le même marais) livre un polar délirant, sombre et résolument comique qui fait autant rire (jaune) que réfléchir.

Soleil de nuit et pâle luminosité

Un nouveau Jo Nesbø – à mes yeux, le meilleur auteur de polar scandinave depuis le regretté Henning Mankell et le duo Maj Sjöwall et Per Wahlöö – arrive en librairie! Soleil de Nuit est la seconde partie de Du sang sur la glace parue l’an passé, un polar sublime qui avait tôt fait de faire oublier Harry Hole, le personnage récurrent de Nesbø. Enthousiaste, j’abandonne donc tout ce que je lisais séance tenante.

Mais l’élan est vite retombé… Dès l’introduction, le ton étonne, par rapport à tout ce que l’auteur a privilégié jusqu’ici. La narration est passive et introspective. Plutôt que d’être dans l’action, l’auteur norvégien a opté pour une forme descriptive qui semble peu convenir à son talent. Il n’y a aucun retournement de situation, tout est mortellement prévisible.

Il s’agit d’un antépisode au roman précédent, qui se déroule vers 1970, au fin fond de la Norvège, parmi les Samies, peuplade autochtone éleveuse de rennes. Le dénommé Ulf a fui Oslo, emportant les fruits de son vol, argent et drogue, sans pour autant avoir accompli sa mission : tuer. Il sait très bien que son commanditaire, le Pêcheur, va le chercher et le trouver. Malgré tout – coupons court – il va parvenir à s’en tirer, rencontrera la femme de sa vie et ils quitteront vers la Suède où ils vivront… pas si heureux que cela, suite au prochain ouvrage!

Constat troublant, Soleil de nuit est l’image même de la plupart des polars qui paraissent depuis la rentrée : ennuyeux. Une déception immense qui me laisse perplexe. Et si c’était moi qui devenait blasé?…

Si le cœur vous en dit, voilà une bien belle histoire d’amour, un vrai fantasme au royaume du roman noir! Sinon, passez votre tour.

Sur les tablettes

  • Si tous les dieux nous abandonnent de Patrick Delperdange (Éditions Gallimard série noire).

Violence, cruauté, trahison : rien ne leur sera épargné.

Céline est une jeune femme en fuite. Léopold, un vieux monsieur qui ne tient plus à la vie que par habitude. Quant à Josselin, il ne s’agit en fin de compte que d’un idiot qui se croit très malin. Le destin de ces trois personnages va se trouver lié de manière inattendue et impitoyable.

Un dieu malfaisant aurait-il décidé de s’amuser avec leur existence, comme un fou qui jouerait aux dés? Si tous les dieux nous abandonnent, il nous faudra continuer à vivre seuls, pauvres humains.

 

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